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DEVELOPPEMENT LOCAL - Les territoires face à la compétition mondialisée : Faire la promotion des avantages spécifiques

La mondialisation de l’économie fait que l’accumulation des ressources ne suffit pas toujours pour faire une économie prospère. Les Etats, comme les territoires, ont de plus en plus besoin de mettre en avant des ressources qu’ils sont quasiment les seuls à posséder, afin d’être compétitifs. C’est la théorie défendue par un chercheur français, au cours d’un séminaire organisé à Dakar par le Gerad.

Le développement territorial part du principe que chaque territoire, chaque région, a des potentialités et des matières premières qu’il peut valoriser grâce au travail de ses habitants. Et pour des territoires qui partagent des ressources avec d’autres parties du pays, ou même du monde, ils cherchent à les exploiter de la manière, à les rendre plus rentables que leurs voisins ou concurrents. Or, avec la mondialisation de plus en plus grande, les ressources les plus visibles ne sont pas nécessairement, et dans tous les cas, les plus compétitifs. C’est du moins ce qu’a développé un enseignant de l’Université Joseph Fournier de Grenoble, le Pr Bernard Pecqueur. Au cours d’un séminaire tenu le 16 janvier dernier à Dakar par le Groupe d’étude, de recherche et d’aide à la décision (Gerad), et portant sur le « développement local, gouvernance territoriale : Enjeux et perspectives », le directeur adjoint de l’Institut de géographie de l’Université de Grenoble a affirmé que si le développement local ne consistait qu’à exploiter les ressources qu’un pays possède, et à les améliorer, le pays potentiellement le plus riche du monde serait la République démocratique du Congo, dont on ne compte plus les ressources du sol et du sous-sol au mètre carré. Or, tout le monde sait que cela est loin d’être le cas actuellement.

Transposé au Sénégal, l’exemple pourrait s’appliquer aux régions du Sud du pays, comme Tambacounda, Kolda ou Kédougou. Avec ce dont la nature les a dotées, elles pourraient être en tête du développement du Sénégal. Mais elles se classent parmi les plus pauvres.
Le fait est, a expliqué le géographe, que la globalisation remet de plus en plus en cause le modèle économique de Ricardo des échanges internationaux sur la base d’avantages comparatifs. « Derrière l’existence de l’avantage comparatif, il reste l’idée de comparabilité d’entité étatique à entité étatique, et donc d’équivalence générale des offres dans un marché essentiellement concurrentiel et en voie d’unification », notait-il dans sa communication. Pour l’Universitaire, les territoires ont plutôt, aujourd’hui, intérêt à se chercher des avantages différenciatifs, moyen le plus efficace, selon lui, « d’échapper aux lois de la concurrence lorsqu’elles sont impossible à suivre en visant la production pour laquelle ils seraient (dans l’idéal) en situation de monopole ». Son propos s’illustre avec les produits chinois qui envahissent les marchés du monde, Occident comme Afrique, en quantité industrielle. Bernard Pecqueur montre que la délocalisation de plusieurs sites de fabrication de chaussure de sport en Chine s’explique surtout par les bas coûts de la main-d’œuvre. « Dans une paire de Nike à 70 dollars, le coût de la main-d’œuvre ne dépasse pas les 2% », souligne-t-il. Dans ces conditions, pour être compétitifs, les fabricants basés en Europe doivent être innovants et savoir se distinguer sur la qualité. Donc, jouer sur une gamme supérieure. Les chaussures italiennes ou françaises ne sont pas, aujourd’hui, d’une qualité standard comme les chinoises. Et même dans le domaine du textile, les industries qui veulent résister au rouleau compresseur chinois se placent dans des créneaux où il est difficile de les trouver. Mais Bernard Pecqueur suggère de chercher plutôt sur un secteur où l’on est sûr de ne trouver personne d’autre, ou alors d’y être en position absolue de force.

POTENTIALITES IGNOREES

Sa collègue, Christel Alvergne, enseignante à l’Institut d’Aménagement régional de l’Université de Bordeaux 3, n’a pas dit vraiment le contraire. Parlant des chemins de la gouvernance locale en Afrique de l’Ouest et du Centre, la chercheure a avancé que la très forte croissance démographique qu’a connu le continent depuis la décolonisation induit d’autres formes de politiques publiques, qui prennent plus en compte les dynamiques locales, et qui permettent l’émergence d’un regard différent sur le potentiel des territoires, permettant aux habitants de le valoriser et d’en faire des outils de développement.
« Dans chaque communauté, il existe un certain nombre de cultures, qui se matérialisent par des objets usuels, artisanaux ou cultuels, et qui sont d’une grande valeur esthétique, au-delà de leur valeur fonctionnelle. Ils pourraient être reproduits dans des marchés, pour être vendus à l’extérieur. » Un cas concret de pratiques usuelles et spécifiques, qui se transforment en facteurs de développement, porterait, à entendre Mme Alvergne, l’huile d’argan au Maroc, dans la région d’Essaouira. « Dans cette région, on a redécouvert les fonctions de cet arbre, et de cette huile, qui a une grande valeur cosmétique, et qui est produite par des femmes pour être vendue dans des marchés mondiaux. » Les deux chercheurs montrent ainsi que la notion de développement local ne rejette ni ne s’oppose à la globalisation.
Le tout est de savoir trouver la bonne articulation entre le local et le global. « Pour s’en sortir au niveau global, il faut savoir s’organiser au niveau local, et valoriser ce que l’on possède en propre », ajoute Mme Alvergne. Son collègue Pecqueur précise que le développement territorial n’est pas un modèle alternatif au développement tout court. « C’est une attitude des acteurs dans les stratégies de développement, qui consiste à chercher des potentialités qui n’existeraient pas, ou plutôt, qui seraient présentes pour la plupart de temps, mais ignorées de tous, ou de la majorité. » L’économie mondiale se territorialisant, il n’y a donc pas de contradiction entre le global et le local à ce niveau. Les ressources différenciées peuvent prendre parfois des formes inattendues. Dans un monde agressé par le bruit, une région française a eu l’idée de faire la promotion d’un de ses parcs naturels, en vantant les vertus de son… silence. L’absence de bruit y est devenu un atout différentiel et commercialisable pour des citadins à la recherche de calme. Cependant, lorsque Christel Alvergne considère que la mise en œuvre d’une politique qui mette en valeur les spécificités locales, ne nécessite pas nécessairement une prise en charge au niveau national. Les choses pourraient bien s’organiser au niveau local.
Néanmoins, dans un séminaire qui s’intéressait en priorité au développement local, les concepts développés n’avaient d’intérêt, pour leur opérationnalité, que la réalisation de ce but. Et sur ce point, Pecqueur est parvenu à mettre la majorité des participants d’accord en affirmant qu’une politique de décentralisation avait besoin, pour réussir, d’un « Etat en bon état, et non pas d’un Etat qui se désengage et faiblit », déclarant même que, les pays où les politiques de décentralisation ne réussissent pas sont ceux où l’Etat est faible.

Source : Le quotidien du 12 et 13 février 2008

16 avril 2008

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