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POUR FAIRE FACE A LA FLAMBEE DES PRODUITS : Produire et consommer local

Le gouvernement du Sénégal ambitionne d’amener d’ici à 2015, les Sénégalais à consommer leur propre production, notamment en matière de riz et d’autres produits jusqu’ici importés. Il entend ainsi porter la récolte de riz de la Vallée du fleuve Sénégal et de l’Anambée à 1 million de tonnes d’ici là. Cette stratégie, a déclaré hier, mercredi 26 mars, Abdourahim Agne, le ministre de l’Aménagement du territoire, du commerce et de la coopération décentralisée, passera par « quatre étapes. 350 milles tonnes dès cette année, 556 milles tonnes l’année prochaine et 1 million de tonnes en 20015 ».

La tendance inflationniste sur les produits pétroliers et les produits alimentaires de base n’est pas prête à s’inverser de sitôt. C’est le moins que l’on puisse penser au regard de la chute continue du dollar américain inversement proportionnel à la flambée des prix des matières agricoles, de l’or, du pétrole qui sont pourtant cotés dans cette monnaie. Le dollar glisse continuellement -45% en 8 ans, disent les spécialistes. Alors, que faire ?
Pour répondre à cette question « léniniste », le gouvernement du Sénégal a déjà pris une série de mesures, a assuré le ministre de

l’Aménagement du territoire, du Commerce et de la coopération décentralisée, Abdourahim Agne, qui s’exprimait hier au cours d’un point de presse à Dakar. Le gouvernement a, au plan institutionnel, rappellera M. Agne, tenu en juin et octobre derniers deux conseils présidentiels aux cours desquels il a arrêté 19 mesures. Ces mesures semblent cependant aujourd’hui insuffisantes pour juguler la crise. En dépit de son renoncement à la perception des droits de douane sur un certain nombre de produits qui a entraîné la nécessité de reconfiguration du budget général de l’Etat, le gouvernement peine en effet à freiner la tendance haussière. Le panier de la ménagère s’allége de plus en plus à cause d’un pouvoir d’achat déprécié. Les couches les plus défavorisées et mêmes celles qui sont considérées comme moyennes grondent. Elles rouspètent de plus en plus bruyamment.
Autres analyses faites par le ministre pour expliquer la situation, la forte perturbation de l’offre sur le marché international du pétrole avec la guerre en Irak et la situation tendue au Moyen-Orient. Les restrictions opérées par certains pays ainsi que les anticipations faites par d’autres comme l’Algérie qui a acheté en quantité du lait en prévision des jours sombres ; l’arrivée sur le marché de l’importation des pays comme la Chine populaire, constituent des facteurs aggravants de la pénurie des produits à grande consommation sur le marché international. Une situation qui fait qu’un pays comme le Sénégal, « qui consomme ce qu’il ne produit pas », dispose de moins en moins de marge de manœuvre face à « l’inflation importée ».
D’autant plus que les mesures conjoncturelles préconisées jusqu’ici par le gouvernement, même si elles ont permis d’obtenir, affirme le ministre, des baisses de prix de l’ordre de 3 à 5% sur la période de juillet à décembre 2007 sur les deux variétés de riz brisé prisées par les Sénégalais, n’ont pas encore mis en sécurité les consommateurs, ni épargné substantiellement leurs bourses. Pourtant le coût de l’intervention de l’Etat est évalué à 8,6 milliards de FCfa sur la période, dira le ministre. Il en est de même quasiment pour tous les autres produits, huile, lait en poudre, blé, farine et pain. Tout comme le café, le savon de ménage quasiment en situation de monopole au Sénégal et le ciment et le gaz butane listés parmi les produits de grande consommation.
Amélioration des capacités de l’offre nationale

La crise sur les prix des produits de base n’épargne aucun secteur, ni aucun pays a noté hier, Abdourahim Agne. Tout indique, qu’elle pourrait perdurer du fait des incertitudes sur les évolutions tendancielles du marché du pétrole, a-t-il constaté. C’est pourquoi, signifiera-il, le gouvernement a pris le parti de promouvoir, par des programmes sectoriels bien ciblés, « une forte économie de l’offre ». Une stratégie qui, selon l’aménagiste du territoire, commerçant en chef gagnerait à faire l’objet d’un consensus national. Celui qui pense que l’ère de toute libéralisation est révolue et que s’ouvre celle « d’une régulation intelligente de l’économie » (querelle d’école en perspective Ndlr), trouve en effet, qu’il est grand temps « d’inverser la tendance. De faire en sorte que nous consommons ce que nous produisons, du moins en majorité ».

Cherche-t-on à promouvoir « le dialogue national à ce niveau » ? Le ministre de l’Aménagement du territoire, du commerce et de la coopération décentralisée a confié hier que le gouvernement était en négociation avec les syndicats, le patronat et les consuméristes. « Négociations qui préconiseront à termes certainement d’autres mesures », soulignera Abdourahim Agne. On apprenait hier également que la session extraordinaire du Parlement, convoquée le même jour par le président de la République pour l’examen du projet de loi ratifiant plusieurs documents dont la Charte de l’Organisation de la conférence islamique (Oci), le Projet de loi constitutionnelle modifiant les articles 9 et 95 et complétant les articles 62 et 92 de la Constitution, entre autres, est reportée sine die. Est-ce pour apaiser le front social qui, en plus de la question enseignante et du renchérissement des produits de grande consommation, « s’enflamme » du changement projeté de statut de la magistrature ?

Toujours est-il que l’on était informé hier que la session extraordinaire de l’Assemblée nationale était reportée. Pour l’heure, les ministères de l’Agriculture et du Commerce veulent voir les riziculteurs de la vallée du fleuve Sénégal et de l’Anambée produire d’ici à 2015, 1 million de tonnes de riz. Car avec la conjoncture actuelle, le riz sénégalais est devenu compétitif. Il s’y ajoute, pour Abdourahim Agne, « qu’il nous faut produire notre consommation et corriger nos habitudes extraverties de consommation ». L’atteinte de l’objectif fixé passera, selon lui par quatre étapes à savoir 2008 : 350.000 tonnes, 556.000 en 2010, 825.000 en 2012 et 1 million en 2015. Plusieurs autres filières, notamment la tomate, l’oignon, le lait, l’huilerie font également l’objet d’une stratégie à long terme qui vise à créer une autosuffisance alimentaire.
Point de salut en dehors de cette stratégie et d’un fort consensus national pour une consommation fruit d’une production nationale. En effet, selon le ministre, les « mesures de suspension de droits et taxes ne tiennent pas lieu, à elles seules, de politique économique, elles ne sont pas soutenables à moyen ou long terme… ».
La seule subvention sur le gaz butane, soulignera-t-il, a coûté 90 milliards de FCfa entre 2002 et 2006. Le soutien indirect aux produits alimentaires se monte à 21 milliards pour l’année 2007, tandis que les deux premiers mois de 2008, ont nécessité 8 milliards de Fcfa dans ce cadre compte non tenu de la subvention prévue pour les huiles alimentaires. Au total, fera remarquer Abdourahim Agne, le soutien de l’Etat à la consommation populaire s’évalue à plus de 61 milliards de FCfa. On veut bien. Le hic c’est que les consommateurs attendent plus et mieux de l’Etat. Ils préconisent une baisse du train de vie de l’Etat, entre autres solutions

Source : sudonline du 27 mars 2008

16 avril 2008

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